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Récitus Histoire
Récitus Histoire

1980 à nos jours

Les revendications autochtones
Revendications sociales

2. Les revendications autochtones

intention identifier

Identifier les revendications autochtones et leurs conséquences sur l’action politique du gouvernement fédéral.

texte Aux 19e et 20e siècles

Source : arindambanerjeem, Membres des communautés autochtones qui manifestent pour appuyer l’opposition à l'oléoduc Dakota Access (2016), Shutterstock, 566406280. Licence : image utilisée avec la permission de Shutterstock, tous droits réservés.

texte Aux 19e et 20e siècles

Aux 19e et 20e siècles, le gouvernement canadien élabore et entretient une politique d'assimilation des Autochtones qui s’appuie notamment sur la Loi sur les Indiens et le régime des pensionnats. Après la Seconde Guerre mondiale, les populations autochtones exercent de plus en plus de pression sur le gouvernement fédéral pour dénoncer les conséquences de cette politique sur leurs communautés et pour demander des changements politiques, socioéconomiques et territoriaux.

texte À la fin du 20e siecle

À la fin du 20e siècle, les mouvements autochtones poursuivent leurs revendications pour assurer une reconnaissance de leurs droits, de leurs cultures et de leurs territoires ainsi que pour mettre au jour les violences perpétrées par les pensionnats indiens. En effet, les Autochtones multiplient les témoignages sur les violences infligées par certains religieux et ils se regroupent pour demander au gouvernement fédéral de faire la lumière sur les pensionnats.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada

Source : Susan G. Enberg, Marche pour la réconciliation (31 mai 2015), Shutterstock, 1550135120. Licence : image utilisée avec la permission de Shutterstock, tous droits réservés.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada

Afin de cerner l’envergure des répercussions du régime des pensionnats sur les peuples autochtones, le gouvernement canadien crée la Commission de vérité et réconciliation en 2008. Après avoir recueilli des milliers de témoignages durant plusieurs années, cette commission établit que les pensionnats ont perpétré un génocide culturel et qu’au moins 150 000 enfants autochtones ont souffert d’abus physiques, sexuels et psychologiques au sein des pensionnats.

extrait de source

Extrait du témoignage de Kim Quinney devant la Commission de vérité et réconciliation (CVR) :

« Je suis une Survivante intergénérationnelle. Ma mère est à côté de moi. J’ai vécu tous les abus émotionnels, mentaux, physiques et sexuels. Je vais vous parler des étapes de mon esprit de victime à survivante. Je le fais pour moi et ma famille. Ces quatre journées avant la CVR, je n’ai pas pu manger. Je pensais aux réactions… En discutant avec une amie, elle m’a dit que c’est pour guérir [Applaudissement de la salle]. Je le fais pour les autres qui ne peuvent pas le faire. J’ai été victime de sévices sexuels de la part d’un membre de ma famille. Je ne comprenais pas. Je ne savais pas ce que cette personne avait vécu. Il était allé au pensionnat […] Je ne savais pas, je vivais donc avec de la colère, de la honte et de la douleur. »

Source : Brieg Capitaine, « Sortir de la violence : La Commission de vérité et de réconciliation du Canada sur les pensionnats indiens », Revue Canadienne Droit Et Société, vol. 32, no. 3, 2017, p. 358.

texte La Commission de vérité

La Commission de vérité et réconciliation identifie 94 appels à l’action qui visent notamment à documenter la disparition et le décès des enfants qui fréquentaient les pensionnats, à protéger les langues autochtones en favorisant leur enseignement et à sensibiliser la population non-autochtone à l’histoire des pensionnats.

Malgré les appels à l'action, les excuses officielles du gouvernement canadien et le dédommagement des victimes, plusieurs communautés autochtones vivent avec des traumatismes intergénérationnels. Autrement dit, les survivants des pensionnats portent des séquelles qui affectent leur bien-être individuel et qui se transmettent fréquemment aux générations suivantes. Pour certaines nations, la distance prise entre les jeunes et les ainés freine la transmission de la culture et de la langue.

Intention Caractériser

Caractériser les enjeux démographiques, socioéconomiques et culturels auxquels font face les Autochtones depuis 1980.

2.1 DES ENJEUX QUI TOUCHENT LES PEUPLES AUTOCHTONES

Source : Thérèse Ottawa, Une partie de la rue Simon-Ottawa, Manawan (2014), Wikimedia Commons. Licence : Creative Commons (BY-SA).

2.1 DES ENJEUX QUI TOUCHENT LES PEUPLES AUTOCHTONES

En plus d’affronter les traumatismes découlant de la fréquentation des pensionnats, les peuples autochtones font face à une multitude d’enjeux démographiques, socioéconomiques et culturels. Ces enjeux façonnent la vie quotidienne des Autochtones et se manifestent par des conditions de vie peu favorables au sein de nombreuses communautés.

Les langues autochtones

La population autochtone selon l'identité autochtone, Québec, 2016

Rouge  : Premières Nations (50,7 %). Vert : Métis (37,9 %). Bleu  : Inuits (7,6 %). Jaune : Autres identités autochtones (3,8 %).

De nombreuses personnes s'identifient comme Métis au Québec. Cela dit, la Nation métisse qui occupe la région des Prairies depuis le 18e siècle est la seule nation qui peut bénéficier du statut de Métis sur le plan légal.

 

Source des données : Julia Posca, « Portrait des inégalités socioéconomiques touchant les Autochtones au Québec », Note socioéconomique, janvier 2018, p. 3, en ligne sur Institut de recherche et d'informations socio-économiques.

Source du graphique : Service national du RÉCIT, domaine de l’univers social. Licence : Creative Commons (BY-NC-SA).

Les langues autochtones

Sur le plan démographique, les populations autochtones augmentent plus rapidement que le reste de la population canadienne. Cette croissance découle du taux de natalité élevé au sein des communautés autochtones, mais aussi du plus grand nombre d’individus qui déclarent leur identité autochtone au gouvernement fédéral. Depuis les années 1980, ces phénomènes contribuent à la hausse du poids démographique des peuples autochtones, qui forment environ 5 % de la population canadienne à la fin des années 2010.

Au Canada et au Québec, de nombreuses communautés autochtones continuent d’être tenues en marge de la vie socioéconomique et d’éprouver des conditions de vie peu favorables. En effet, les peuples autochtones demeurent plus vulnérables que la population non-autochtone aux problèmes économiques et sociaux comme le décrochage scolaire, le chômage, l’itinérance, le suicide, la violence conjugale, l’alcoolisme et la toxicomanie. Dans les collectivités autochtones plus éloignées, des problèmes d’accès aux soins de santé, aux services d’urgences et même à l’eau potable aggravent ces conditions de vie. Par exemple, au tournant des années 2020, les Premières Nations de nombreuses réserves doivent toujours faire bouillir l’eau pour la rendre propre à la consommation.

Les langues autochtones 2

Les langues maternelles autochtones les plus courantes, Québec, 2016

Bleu foncé : Cri. Vert : Inuktitut. Rouge : Innu. Jaune : Atikamekw. Bleu pâle : Algonquin. Vert : Naskapi. Bleu : Mi'kmaq. Brun : Mohawk. Gris : Cri du Nord-Est.

 

Source des données : Statistique Canada, « Peuples autochtones », Série « Perspective géographique », Recensement de 2016, 2017, en ligne sur Statistique Canada.

Source du graphique : Service national du RÉCIT, domaine de l’univers social. Licence : Creative Commons (BY-NC-SA).

Les langues autochtones 2

Aux enjeux démographiques et socioéconomiques s’ajoutent les difficultés de transmission des quelque 90 langues autochtones parlées au Canada. Pour faire face à ces enjeux, de nombreuses communautés autochtones prennent en charge l'administration des écoles sur leurs territoires afin d’assurer l’enseignement de leurs histoires, de leurs langues et de leurs cultures. 

Plusieurs associations autochtones participent également à l’élaboration de la Loi sur les langues autochtones, une loi fédérale adoptée en 2019 pour soutenir les Premières Nations, les Métis et les Inuits dans la réappropriation, la transmission et la protection de leurs langues. Enfin, la défense des langues autochtones s’appuie sur la vitalité culturelle et artistique de plusieurs nations, comme en témoignent les nombreuses chansons en inuktitut de la musicienne Elisapie Isaac.

Intention décrire

Décrire des ententes et des conflits qui surviennent après la reconnaissance des droits ancestraux des Autochtones par le gouvernement fédéral en 1982.

2.2 LES DROITS DES AUTOCHTONES ET LES REVENDICATIONS TERRITORIALES

Source : La Presse canadienne, Manifestation des peuples autochtones (16 novembre 1981), La Presse canadienne, CP2871413. Licence : image utilisée avec la permission de la Presse canadienne, tous droits réservés.

2.2 LES DROITS DES AUTOCHTONES ET LES REVENDICATIONS TERRITORIALES

Dans les années 1980, les Autochtones continuent de revendiquer leurs droits afin de défendre leurs modes de vie, leurs cultures et leurs territoires. Lors des négociations sur le rapatriement de la Constitution du Canada, de nombreuses associations autochtones demandent au gouvernement fédéral que ces droits soient reconnus dans la nouvelle constitution.

Ces pressions conduisent à la reconnaissance des droits ancestraux des Premières Nations, des Métis et des Inuits par la Loi constitutionnelle de 1982. Cette loi reconnait également les droits issus de traités entre les peuples autochtones et le gouvernement, ce qui inclut les ententes conclues avant la création de la fédération canadienne en 1867. Dorénavant, les mouvements autochtones peuvent fonder leurs revendications politiques, culturelles et territoriales sur la Constitution, ce qui les dotent d’une plus grande capacité d’action face à l’État et aux grandes entreprises privées.

image idle no more

Source : Sergei Bachlakov, Membres des peuples autochtones qui manifestent en soutien au mouvement Idle No More, Vancouver, Canada (2013), Shutterstock, 363034526. Licence : image utilisée avec la permission de Shutterstock, tous droits réservés.

image idle no more

Depuis les années 1980, les peuples autochtones comptent de plus en plus sur leurs droits ancestraux pour légitimer la pratique de la chasse, de la pêche ou du piégeage sur des territoires qu’ils occupaient avant l’arrivée des Européens. Les Autochtones comptent aussi sur leurs droits ancestraux pour revendiquer la possession des terres qu’ils n’ont pas cédées au gouvernement fédéral, voire pour s’opposer aux projets de développement économique qui empiètent sur ces terres.

image territoire canada

Le territoire du Canada en 1999

Territoires : Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut.

Provinces : Colombie-Britannique, Alberta, Sastkatchewan, Manitoba, Ontario, Québec, Terre-Neuve, Ile-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunswick.

La frontière entre le Québec et Terre-Neuve n'est pas reconnue par le Québec.

Source : Service national du RÉCIT, domaine de l’univers social. Licence : Creative Commons (BY-NC-SA).

image territoire canada

La reconnaissance des droits ancestraux soutient ainsi les Autochtones dans leurs négociations avec les différents paliers de gouvernement, ce qui conduit entre autres à des ententes avec les Inuits du Nunavut au Canada et du Nunavik au Québec. En plus de susciter la création du Nunavut en 1999, ces ententes répondent aux revendications des Inuits concernant la possession et le contrôle de leurs territoires, la représentation politique de leurs peuples ainsi que la participation au développement économique du Nord canadien.

La Paix des Braves

Source : Auteur inconnu, Bernard Landry, premier ministre du Québec et Ted Moses, Grand Chef du Grand Conseil des Cris de la Baie James (2002), Archives d’Hydro-Québec. Licence : image utilisée avec la permission d'Hydro-Québec.

La Paix des Braves

La signature d’une entente entre le gouvernement et les Autochtones ne signifie pas pour autant la fin de leurs revendications territoriales. Dans les années 1980 et 1990, les Cris soutiennent que l’État québécois ne respecte pas la Convention de la Baie-James et du Nord Québécois de 1975. Devant les tribunaux, les Cris affirment que le gouvernement provincial et les entreprises privées ne les consultent pas suffisamment en ce qui concerne l’exploitation des ressources hydroélectriques, minières et forestières.

Pour répondre à ces revendications, le gouvernement péquiste de Bernard Landry amorce de nouvelles négociations avec la nation crie au début des années 2000. Avec la signature de la Paix des Braves en 2002, les Cris s’assurent de collaborer au développement économique du Nord-du-Québec, de recevoir une part des retombées financières et d’administrer leurs finances avec une plus grande autonomie. Cette entente de nation à nation met ainsi un terme aux contestations juridiques des Cris et elle permet à l’État québécois de lancer la construction d’un complexe hydroélectrique sur la rivière Eastmain.

La crise d'Oka

Source : La Presse canadienne, Nez à nez entre Patrick Cloutier et Brad Larocque à Kanesatake (1 septembre 1990), La Presse canadienne, CP116262545. Licence : image utilisée avec la permission de la Presse canadienne, tous droits réservés.

La crise d'Oka

Malgré la reconnaissance des droits ancestraux et les ententes gouvernementales, les peuples autochtones doivent fréquemment mener de longues luttes pour défendre leurs territoires. Par exemple, aux 18e et 19e siècles, les Mohawks de Kanesatake, notamment par l'entremise Joseph Onasakenrat, exercent des pressions sur la couronne britannique et le gouvernement canadien afin de revendiquer les terres occupées par les Sulpiciens depuis l’époque de la Nouvelle-France. Dans la deuxième moitié du 20e siècle, les Mohawks intensifient leurs revendications territoriales face à l’expansion du village d’Oka, mais le gouvernement fédéral rejette ces revendications à deux reprises, avant et après l’adoption de la Loi constitutionnelle de 1982. En 1990, la municipalité d’Oka approuve la construction de condominiums et l’agrandissement d’un terrain de golf, un projet qui empiète sur les terres revendiquées par les Mohawks.

Image et texte : Appuyés par les Warriors

Crise d'Oka (1990)

Kanesatake, projet d'agrandissement du golf, golf, cimetière mohawk, Oka.

Source : Service national du RÉCIT, domaine de l’univers social. Licence : Creative Commons (BY-NC-SA).

Image et texte : Appuyés par les Warriors

Appuyés par les Warriors de Kahnawake, les Mohawks de Kanesatake érigent des barricades pour s’opposer au projet de développement et pour défendre le territoire au sein duquel se trouve un cimetière autochtone. Au cours de l’été, les tensions entre les Mohawks et les différents paliers de gouvernement débouchent sur de multiples affrontements avec la police provinciale et l’armée canadienne. La crise d’Oka prend fin en septembre 1990 avec le démantèlement des barricades, l’arrestation de certains Warriors et l’achat des terres à l’origine du conflit par le gouvernement fédéral. Trente ans après la crise d’Oka, les Mohawks de Kanesatake attendent toujours le transfert officiel de ces terres et la satisfaction de leurs revendications territoriales.